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Japon: la banque centrale relève son taux au plus haut depuis 1995
information fournie par AFP 16/06/2026 à 09:49

Vue du siège de la Banque du Japon, le 16 juin 2026 à Tokyo ( AFP / Kazuhiro NOGI )

Vue du siège de la Banque du Japon, le 16 juin 2026 à Tokyo ( AFP / Kazuhiro NOGI )

La Banque du Japon (BoJ) a relevé mardi son taux directeur à 1%, au plus haut niveau depuis plus de trois décennies, en vue d'endiguer l'affaiblissement du yen et l'inflation nourrie par la guerre au Moyen-Orient.

Cette décision, conforme aux anticipations, intervient après un récent resserrement monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), et avant une réunion de la Réserve fédérale américaine (Fed).

Après avoir été hanté par la déflation, le Japon connaît depuis le printemps 2022 une hausse soutenue des prix à la consommation au-delà de 2%, ce qui a poussé la BoJ à resserrer progressivement depuis 2024 ses taux longtemps restés nuls ou négatifs.

Mais la spirale inflationniste s'est accentuée ces derniers mois, à mesure que flambaient les prix de l'énergie face à la paralysie des acheminements du Golfe dont le Japon importait avant la guerre 90% de son pétrole.

Washington et Téhéran sont parvenus lundi à un accord pour mettre fin à la guerre. Pour autant, la réouverture du détroit d'Ormuz et le redémarrage de la production d'hydrocarbures devraient prendre du temps.

"La répercussion de la hausse des prix du pétrole brut s'opère à un rythme relativement soutenu dans les transactions entre entreprises, ce qui pourrait entraîner une augmentation des prix pour un large éventail de produits", avertit la banque centrale.

Alors que l'inflation a ralenti en avril à 1,4% sur un an, elle devrait à nouveau accélérer. "Vu ces avertissements concernant les risques inflationnistes, nous anticipons un nouveau relèvement des taux (de la BoJ) lors de sa réunion d'octobre et une remontée à 2,0% d'ici fin 2027", décrypte Marcel Thieliant, analyste de Capital Economics.

"Compte tenu des conditions économiques, financières et d'évolution des prix actuelles, ainsi que de la situation au Moyen-Orient, il convient d'examiner si l'économie et les prix suivent la trajectoire prévue, et dans quelle mesure", a simplement déclaré devant la presse le vice-gouverneur de la BoJ, Shinichi Uchida. Il remplaçait le gouverneur Kazuo Ueda, actuellement hospitalisé.

Inquiétudes sur le yen

Si le gouvernement de Sanae Takaichi s'est inquiété des risques économiques d'un durcissement monétaire prématuré, la BoJ relativise, notant "le niveau élevé des bénéfices des entreprises, l'amélioration de la situation de l'emploi et des revenus" et les subventions sur l'énergie.

Les prix du pétrole pénalisent "les bénéfices des entreprises et le revenu réel des ménages" mais la quatrième économie mondiale continuera de croître "bien qu'à un rythme ralenti", soutenue par les mesures de soutien gouvernementales et des conditions financières accommodantes, complète l'institution.

Cependant, les difficultés du Japon sont aggravées par la chute du yen, exacerbée par la hausse des prix du pétrole et l'écart entre les taux d'intérêt américains et japonais. Cette dépréciation renchérit le prix des produits importés.

La Réserve fédérale américaine (Fed) se réunit mardi et mercredi. Un statu quo est attendu mais les marchés anticipent des hausses de taux dans l'année sur fond d'inflation élevée. Or, tout relèvement renforce le dollar, accroissant la pression sur le yen: de quoi encourager la BoJ à prendre les devants.

Le mois dernier, le gouvernement japonais a dépensé environ 11.700 milliards de yens (63 milliards d'euros) pour soutenir sa monnaie, mais avec un impact très éphémère, rapidement estompé par les anticipations d'un durcissement de la Fed.

Rachats de dette

La BoJ a par ailleurs annoncé mardi poursuivre la réduction progressive de son programme d'achat de dette nippone jusqu'en avril 2027, mais assuré qu'elle stabilisera après cette date son volume mensuel d'achats.

"Concrètement, ce changement reste modeste, car les achats ont déjà été considérablement réduits et le bilan continuera de se contracter à mesure que les titres arriveront à échéance", commente John Bromhead, économiste de Moody's Analytics.

"Cette décision pourrait être interprétée comme une concession aux pressions du gouvernement, bien qu'il s'agisse plus vraisemblablement d'une tentative de contenir une hausse désordonnée des rendements obligataires", observe-t-il.

De façon générale, la BoJ a franchi mardi "une nouvelle étape vers la normalisation de sa politique", résume-t-il. Le yen n'a guère bougé après l'annonce, mais le rendement des obligations japonaises à 10 et 30 ans a grimpé sensiblement.

De son côté, la banque centrale australienne a laissé mardi ses taux inchangés après les avoir relevés par trois fois cette année.

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